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Secousses techno-diplomatiques entre le Japon et les
États-Unis (1)

Par Joel Legendre à Tokyo. Correspondance spéciale pour
ZDNet France Copyright 2001

Le Japon doit aujourd'hui s'expliquer pour avoir
dissimulé sa collaboration au dispositif Echelon. Il
découvre aussi que les États-Unis espionnaient ses
diplomates. Sérieuses tensions entre les deux alliés.
Une enquête en trois volets.

Secousses techno-diplomatiques entre le Japon et les
États-Unis (1)

Le premier ministre japonais Junichiro Koizumi, qui
s'envole le samedi 30 juin pour rencontrer le président
américain George W. Bush dans sa résidence de Camp
David, ne risque pas d'être à court de sujets de
conversation pour sa première visite officielle aux
États-Unis. Au menu : un début de séisme qui menace les
fondations du "Traité de sécurité" signé entre les deux
pays après la défaite de l'armée impériale le 2
septembre 1945.

Parmi les nombreuses secousses figure le dossier
Echelon, du nom du fameux dispositif américain de
surveillance des signaux radioélectriques ("Sigint",
pour signal intelligence) dont le Japon est l'allié
officieux, mais stratégique, en Asie-Pacifique. Et il
possède aussi son propre système d'écoute, comme le
révèle aujourd'hui ZDNet (lire notre article Révélations
sur les grandes oreilles japonaises).

Le 20 juin dernier, grande première au Parlement
japonais : une délégation de plusieurs ONG a été invitée
à venir déposer une motion réclamant que la lumière soit
faite sur le rôle du Japon dans le dossier Echelon. Les
ONG, dont le NaST (Networkers against Surveillance
Taskforce) qui milite depuis 1997 contre la surveillance
généralisée des nouveaux moyens de communication, ont
été reçues par une cinquantaine d'élus, dont les
présidents des deux assemblées, et par les principaux
courants politiques de l'archipel.

Le Japon, complice et victime

Cette motion, que les ONG considèrent comme le début
d'une campagne de sensibilisation, est perçue comme une
insulte par l'entourage de George W. Bush.

Et pour cause : la motion pose deux questions gênantes
aux pouvoirs publics nippons comme à leurs alliés
américains. Primo, le Japon est-il intégré au système
d'interception Echelon en raison du traité de sécurité
américano-japonais ? Secundo, le Japon est-il victime de
ce même système Echelon comme le déclarent régulièrement
certains fonctionnaires du MOF (Ministère des Finances)
ou du METI (Commerce Extérieur) ?

Ces derniers ont en effet pâti de la prodigieuse (et
suspecte) connaissance qu'avaient les américains lors
des négociations commerciales sur l'automobile ou sur
l'OMC. Par ailleurs, d'autres sources s'étonnent des
"subtiles révélations" qui ont été distillées sur les
fonds secrets du ministère japonais des affaires
étrangères. Une question qui, ces jours-ci, agite
violemment le gotha de la diplomatie japonaise.

Ces allégations ont été confirmées cette semaine à la
une d'un grand quotidien japonais, le Mainichi Shimbun,
qui a raconté dans son édition du 26 juin comment la
Nouvelle-Zélande était la tête de pont d'Echelon en Asie
pour surveiller les diplomates japonais (lire notre
article La Nouvelle-Zélande, tête de pont de la NSA pour
espionner le Japon). Duncan Campbell, dans sa
contribution à l'enquête du Parlement européen, a lui
aussi pointé sur des cas concrets d'espionnage américain
lors de négociations commerciales menées avec le Japon*.

Branle-bas diplomatique

La météo n'est pas au beau fixe entre Washington et
Tokyo. Vendredi 22 juin à Washington, le patron de la
défense nippone, le Général Nakatani, a dit non aux
américains et à leur projet de bouclier antimissiles, en
ajoutant que le Japon « préférait développer son propre
bouclier ». Plus féroce encore, juste après
l'investiture du nouveau président, la ministre des
affaires étrangères Makiko Tanaka n'a pas souhaité
recevoir un émissaire de Bush venu « sensibiliser » ses
alliés japonais et coréens à ce projet de bouclier
antimissiles. Enfin, le premier ministre Koizumi (membre
rénovateur du parti libéral LDP), arrivé aux affaires le
26 avril dernier, ne jure que par les mots
"souveraineté" et "défense nationale", et il affirme son
patriotisme en annonçant qu'il ira se recueillir le 15
août 1945, date anniversaire de la reddition japonaise,
sur les tombes des soldats morts durant la guerre du
Pacifique.

* Duncan Campbell, Interception Capabilities - Impact
and Exploitation, janvier 2001, paragraphe 62

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